Pour les pressés : la calculette du taux horaire est plus bas, cliquez ici.
« Je suis à 40 € de l’heure, comme tout le monde dans le coin. »
Sauf que « tout le monde dans le coin » n’a ni votre camion, ni votre assurance, ni votre statut, ni vos semaines. Le confrère à 40 € a peut-être un local payé depuis longtemps, ou travaille 50 heures par semaine. Ou il perd de l’argent sans le savoir. Un taux horaire copié couvre les charges d’un autre.
Votre taux horaire se calcule à partir de quatre chiffres que vous seul connaissez. Voici la méthode, pour un artisan seul, en micro-entreprise ou au réel, et pour une heure de salarié. Les chiffres des exemples sont des hypothèses : remplacez-les par les vôtres.
Ce que vous allez trouver ici
- ce que votre taux horaire doit payer, et ce qu’il ne doit pas payer ;
- le calcul en 4 étapes, avec la formule ;
- le cas de l’auto-entrepreneur (micro-entreprise), dont les cotisations se calculent autrement ;
- le coût d’une heure de salarié ;
- les heures non facturables, qui font souvent la différence ;
- comment passer du taux horaire au prix de vos devis.
Ce que votre taux horaire doit payer
Le taux horaire, c’est ce que vous coûte une heure facturée au client. Il doit couvrir, sur l’année :
- votre rémunération : ce que vous voulez vous verser pour vivre ;
- vos cotisations sociales, selon votre statut ;
- vos frais fixes : tout ce qui tombe chaque mois, qu’il y ait des chantiers ou non.
Il ne paie pas les fournitures du chantier : elles se chiffrent à part, ligne par ligne, avec leur propre marge. Et il ne contient pas la marge de l’entreprise : elle s’ajoute ensuite, sur le prix de revient de chaque devis.
Taux horaire = (rémunération visée + cotisations sociales + frais fixes de l’année) ÷ heures facturables de l’année
Étape 1 : ce que vous voulez gagner
On commence par la fin : combien voulez-vous vous verser sur l’année, net, pour vivre ? C’est le chiffre que beaucoup d’artisans ne posent jamais. Ils se versent ce qui reste, et ce qui reste dépend du taux qu’ils ont choisi au hasard.
Concrètement : prenez ce dont votre foyer a besoin chaque mois, multipliez par douze, et ajoutez une réserve pour les mois creux. Vous quittez un emploi salarié pour devenir peintre ? Le parcours, de la formation au premier chantier, est dans l’article pour devenir peintre en bâtiment.
Étape 2 : vos frais fixes de l’année
Sortez vos relevés de l’an dernier et additionnez tout ce qui ne dépend pas d’un chantier précis :
| Poste | Ce qu’il faut compter |
|---|---|
| Véhicule | Crédit ou location, carburant, entretien, assurance, péages, stationnement |
| Assurances | Décennale, responsabilité civile professionnelle, protection juridique |
| Outillage | Achats, renouvellement, réparations, location ponctuelle |
| Local et stockage | Loyer, électricité, part du domicile si vous y stockez |
| Administratif | Comptable, banque, téléphone, internet, logiciels, chambre de métiers |
| Équipement | Vêtements de travail, protections, échafaudage s’il vous appartient |
| Visibilité | Site, cartes de visite, marquage du camion |
L’oubli le plus fréquent : le renouvellement. Le camion et la grosse machine finiront par être remplacés. Comptez chaque année la part de leur prix qui s’use.
Étape 3 : vos cotisations, selon votre statut
En micro-entreprise (auto-entrepreneur)
Ici, les cotisations se calculent sur ce que vous encaissez, quels que soient vos frais. En 2026, pour une activité de prestations de services artisanales, le taux est de 21,2 % du chiffre d’affaires, plus 0,3 % de contribution à la formation professionnelle pour un artisan. Si vous avez choisi le versement libératoire, l’impôt s’ajoute aussi en pourcentage du chiffre d’affaires.
Conséquence : il faut d’abord calculer le chiffre d’affaires nécessaire, et seulement ensuite le taux horaire.
Chiffre d’affaires nécessaire = (rémunération visée + frais fixes) ÷ (1 − taux de cotisations)
Avec 21,5 % : (rémunération + frais fixes) ÷ 0,785
Deux points à surveiller. D’abord, le taux s’applique à tout ce que vous encaissez : la façon de déclarer la part de matériaux de vos factures se valide avec votre comptable ou l’Urssaf. Ensuite, le chiffre d’affaires d’une micro-entreprise de services est plafonné à 83 600 € HT par an pour 2026 à 2028. Si votre calcul vous amène près de ce plafond, fournitures comprises, c’est le moment de parler statut avec votre comptable. Les autres règles du statut (qualification, ACRE, seuils de TVA) sont dans l’article sur l’auto-entrepreneur dans le bâtiment.
En entreprise individuelle au réel, ou en société
Les cotisations dépendent de votre rémunération ou de votre bénéfice, et vos frais se déduisent. Le plus simple et le plus juste : demandez à votre comptable le coût total de la rémunération que vous visez, cotisations comprises. C’est ce chiffre qui entre dans la formule.
L’heure d’un salarié
Même logique, avec le coût complet pour l’entreprise : salaire brut, cotisations patronales, cotisation à la caisse de congés payés du BTP, panier et trajet, vêtements et formation. Divisez par les heures que ce salarié passe réellement sur des chantiers facturés, pas par 1 607 heures. Votre fiche de paie et votre comptable vous donnent le coût annuel exact.
Étape 4 : vos heures facturables
C’est l’étape qui fait la plus grosse différence, et la plus souvent ratée. On divise par les heures que vous facturez réellement, et ce sont toujours bien moins que vos heures de présence.
- Vos semaines travaillées : 52, moins vos congés, les jours fériés, et une réserve pour les intempéries et la maladie.
- Vos heures de présence : ces semaines, multipliées par vos heures par semaine.
- Moins tout ce qui ne se facture pas : premiers appels, devis, visites, trajets, achats au négoce, chargement, administratif, relances, reprises sous garantie.
Concrètement : notez pendant deux semaines, chaque soir, vos heures sur chantier facturé et vos heures à côté. Le rapport entre les deux vaut mieux que n’importe quelle moyenne.
Et vous : sur une semaine normale, combien d’heures passez-vous sur des chantiers que vous facturez vraiment ?
Le calcul complet, sur un exemple
Un artisan seul, en micro-entreprise. Toutes les valeurs sont des hypothèses d’exemple.
| Ligne | Calcul | Résultat |
|---|---|---|
| Rémunération visée | hypothèse | 30 000 € |
| Frais fixes de l’année | hypothèse | 12 000 € |
| Chiffre d’affaires nécessaire | 42 000 ÷ 0,785 | environ 53 500 € |
| Semaines travaillées | 52 − 5 de congés − 2 (fériés, intempéries, maladie) | 45 semaines |
| Heures de présence | 45 × 40 h | 1 800 h |
| Heures facturables | 1 800 h, moins 30 % hors chantier facturé | 1 260 h |
| Taux horaire | 53 500 ÷ 1 260 | 42,46 €, arrondi à 43 € |
En franchise de TVA, ce taux est aussi le prix payé par le client. Au réel ou en société, le calcul est le même sans la ligne du chiffre d’affaires : on divise directement le coût total de l’année (rémunération, cotisations, frais fixes) par les heures facturables.
Faites le calcul avec vos chiffres
Les heures non facturables, là où tout se joue
Reprenez l’exemple. Si les devis, les trajets et l’administratif prennent 40 % du temps au lieu de 30 %, il ne reste plus que 1 080 heures facturables. Le taux horaire passe de 42,46 € à 49,54 €, pour la même rémunération.
Autrement dit, chaque heure de devis gratuit, chaque visite pour un client qui voulait juste un prix, est payée par les clients qui signent. Si votre taux vous semble trop haut par rapport à votre secteur, regardez d’abord ces heures-là avant de le baisser. Le détail du calcul est dans combien de temps vous coûte vraiment un devis, et quelques pistes dans faire payer un devis.
Du taux horaire au prix de vos devis
Le taux horaire n’est qu’une brique du prix. Sur un devis, chaque ligne additionne le temps passé multiplié par le taux, et la fourniture. On obtient le prix de revient du chantier, sur lequel s’ajoute la marge de l’entreprise : c’est elle qui paie les imprévus, les reprises et les investissements. Le calcul complet, du déboursé sec au prix de vente, avec la différence entre taux de marge et taux de marque : calculer le prix de vente d’un devis.
- Au m² ou au mètre linéaire : chronométrez-vous sur deux ou trois chantiers pour connaître votre temps par unité. La méthode pas à pas, sur l’exemple de la peinture, est dans calculer son taux horaire et son prix au m².
- Pour les petites interventions (dépannage, petits travaux, multiservice) : fixez un minimum facturé et un forfait de déplacement, et annoncez-les avant de vous déplacer. Une intervention de quarante minutes à l’autre bout du département ne se facture pas au même prix qu’une journée de chantier.
- Pour ne pas refaire le calcul à chaque devis : rangez vos prix dans une grille, une ligne par poste. Notre bibliothèque de prix à remplir, gratuite sous Excel, calcule votre taux horaire à partir de vos coûts puis le prix de chaque poste.
La liste à cocher
- ☐ Ma rémunération visée, sur l’année, posée par écrit
- ☐ Mes frais fixes de l’an dernier additionnés, renouvellement du matériel compris
- ☐ Mes cotisations calculées selon mon statut (sur le chiffre d’affaires en micro-entreprise)
- ☐ Mes semaines travaillées, congés, fériés et intempéries retirés
- ☐ Ma part d’heures non facturables, mesurée sur deux semaines
- ☐ Un minimum facturé et un forfait de déplacement pour les petites interventions
- ☐ Le calcul refait chaque année, et à chaque gros changement (camion, salarié, local)
Les erreurs qui coûtent le plus
- Diviser par 35 heures, ou par 1 607 heures. Vous ne facturez jamais toutes vos heures de présence.
- Oublier les cotisations en micro-entreprise : un client paie 40 €, il vous en reste environ 31 avant vos frais.
- Mettre la marge dans le taux horaire, puis en remettre une sur le devis, ou n’en mettre nulle part.
- Ne jamais revoir son taux : le carburant, l’assurance et les fournitures augmentent, le taux de 2021 non.
- Baisser son taux pour signer, au lieu de réduire les heures qui ne se facturent pas.
Trois questions à vous poser, dans l’ordre
- Mon taux horaire est-il calculé à partir de mes chiffres ?
- Est-il divisé par mes heures facturables, et non par mes heures de présence ?
- Combien d’heures par semaine passent dans des devis qui ne se signent pas ?
La première se règle ce soir, avec vos relevés de l’an dernier et la formule ci-dessus.
Et Gus dans tout ça ?
Gus s’attaque aux heures qui ne se facturent pas. Le client décrit son projet avec votre lien (sur votre site, votre fiche Google ou envoyé par SMS), avec ses photos et ses mesures : vous ne vous déplacez plus pour ceux qui voulaient juste un prix. Vos prix sont repris sur chaque estimation, et Gus mesure votre temps passé sur chaque devis : de quoi recalculer vos heures facturables avec des chiffres réels, plutôt qu’une estimation. Voir le parcours complet d’une demande.
À retenir : votre taux horaire se calcule à partir de vos propres chiffres. Rémunération visée, cotisations et frais fixes de l’année, divisés par vos heures réellement facturables. En micro-entreprise, calculez d’abord le chiffre d’affaires nécessaire, cotisations comprises. Et si le résultat vous paraît trop haut, regardez d’abord vos heures perdues en devis et en trajets.
Bon à savoir : les taux et plafonds cités sont ceux de 2026. Ils changent régulièrement : votre comptable ou l’Urssaf font foi pour votre situation.
Sources : economie.gouv.fr, micro-entreprise : charges sociales (taux 2026) · Legifiscal, seuils des micro-entreprises 2026