Pour les pressés : la calculette du prix de vente est plus bas, cliquez ici.
« Je prends mes fournitures, mes heures, et je rajoute 20 %. »
Vingt pour cent de quoi, et pour payer quoi ? Le camion, l’assurance, le comptable, les heures de devis, les reprises, et ce qui doit rester à la fin de l’année. Si ces 20 % doivent tout couvrir, ils ne suffisent pas toujours. S’ils s’ajoutent à un taux horaire qui couvrait déjà vos frais, vous comptez deux fois.
Un prix de vente se construit en trois étages : ce que coûte le chantier, ce que coûte l’entreprise, ce qu’elle doit gagner. Voici la méthode, avec les mots que vous croiserez (déboursé sec, frais généraux, coefficient, taux de marge, taux de marque) et un exemple calculé. Les chiffres de l’exemple sont des hypothèses : remplacez-les par les vôtres.
Ce que vous allez trouver ici
- le déboursé sec : ce que coûte le chantier lui-même ;
- les frais généraux, et comment les répartir avec un coefficient ;
- la marge, et la différence entre taux de marge et taux de marque ;
- le coefficient de vente, pour aller vite sans se tromper ;
- un exemple complet sur un devis, et un tableau de conversion ;
- le seuil de rentabilité : combien de chiffre d’affaires avant de gagner un euro.
Étage 1 : le déboursé sec
Le déboursé sec, c’est tout ce que le chantier consomme directement, et rien d’autre :
- la main-d’œuvre : les heures passées sur le chantier, multipliées par leur coût (salaire chargé pour un salarié, votre rémunération et vos cotisations pour vous) ;
- les fournitures : matériaux, produits, petites fournitures, au prix d’achat ;
- le matériel propre au chantier : location d’échafaudage, de nacelle, benne ;
- la sous-traitance, s’il y en a.
Il se calcule poste par poste, à partir de votre métré et de vos temps. C’est le plancher absolu : vendre en dessous, c’est payer pour travailler. Si vos fournitures risquent d’augmenter avant le chantier, la révision de prix sur un devis de travaux se prévoit dès la signature. Votre prix d’achat dépend aussi des remises de votre compte pro chez le fournisseur.
Étage 2 : les frais généraux
Les frais généraux, ce sont les dépenses de l’entreprise qu’aucun chantier ne porte seul : véhicule, assurances dont la décennale, comptable, téléphone, local, outillage, logiciels, et le temps passé hors chantier (devis, visites, achats, administratif).
Pour les répartir sur chaque devis, on calcule un coefficient à partir de l’année passée :
Coefficient de frais généraux = 1 + (frais généraux de l’année ÷ déboursés secs de l’année)
Prix de revient = déboursé sec × coefficient de frais généraux
Exemple : 15 000 € de frais généraux pour 60 000 € de déboursés secs sur l’année, soit un coefficient de 1 + 15 000 ÷ 60 000 = 1,25.
Attention au double comptage
Il existe deux façons de faire, et il faut en choisir une :
- Méthode du taux horaire « tout compris » : vos frais fixes sont déjà dans votre taux horaire, divisés par vos heures facturables. C’est la méthode de notre article calculer son taux horaire d’artisan. Dans ce cas, pas de coefficient de frais généraux sur la main-d’œuvre : seulement sur les fournitures, si vous voulez qu’elles portent leur part.
- Méthode du déboursé sec : la main-d’œuvre est comptée à son coût seul, et tous les frais généraux passent par le coefficient. C’est la méthode de cet article.
Les deux arrivent au même résultat si les chiffres sont justes. Mélanger les deux, c’est compter vos frais deux fois et vous rendre trop cher sans le savoir.
Étage 3 : la marge
La marge, c’est ce qui reste quand tout est payé. Elle finance les imprévus du chantier, les reprises sous garantie, le remplacement du matériel, les mois creux, et le bénéfice. Une entreprise sans marge survit tant que rien ne se passe mal.
Elle s’exprime de deux façons qui ne donnent pas le même chiffre, et c’est la source d’erreur la plus fréquente :
| Formule | Avec un prix de revient de 1 000 € et un prix de vente de 1 250 € | |
|---|---|---|
| Taux de marge | (prix de vente − prix de revient) ÷ prix de revient | 250 ÷ 1 000 = 25 % |
| Taux de marque | (prix de vente − prix de revient) ÷ prix de vente | 250 ÷ 1 250 = 20 % |
Même marge en euros, deux pourcentages différents. Le taux de marge se calcule sur ce que le chantier vous coûte, le taux de marque sur ce que le client paie.
Concrètement : si vous voulez garder 30 % du prix payé par le client, multiplier votre prix de revient par 1,30 ne suffit pas. Il faut le diviser par 0,70, soit le multiplier par 1,43. Avec 1,30, vous gardez 23 % du prix de vente, pas 30.
Le coefficient de vente : tout en un chiffre
Le coefficient de vente regroupe les frais généraux et la marge en un seul multiplicateur, appliqué au déboursé sec :
Coefficient de vente = coefficient de frais généraux ÷ (1 − taux de marque)
Prix de vente HT = déboursé sec × coefficient de vente
Avec un coefficient de frais généraux de 1,25 et un taux de marque de 10 % : 1,25 ÷ 0,90 = 1,39. Chaque euro de déboursé sec se vend 1,39 € HT. C’est le chiffre à connaître par cœur, et à recalculer chaque année.
À la question « quel pourcentage mettre sur un devis ? », il n’y a donc pas de réponse toute faite. Le bon pourcentage est celui qui sort de vos frais généraux et de la marge que vous visez. Celui du voisin couvre ses frais à lui.
Calculez votre prix de vente
Un exemple complet, sur un devis de peinture
Toutes les valeurs sont des hypothèses d’exemple.
| Ligne | Calcul | Montant HT |
|---|---|---|
| Main-d’œuvre | 40 h × 30 € de coût horaire | 1 200,00 € |
| Fournitures | peintures, enduits, protections, au prix d’achat | 600,00 € |
| Matériel | location d’un échafaudage roulant | 150,00 € |
| Déboursé sec | 1 950,00 € | |
| Prix de revient | 1 950 × 1,25 (frais généraux) | 2 437,50 € |
| Prix de vente | 2 437,50 ÷ 0,90 (taux de marque de 10 %) | 2 708,33 € |
| Coefficient de vente constaté | 2 708,33 ÷ 1 950 | 1,39 |
Sur ce chantier, 487,50 € paient les frais généraux et 270,83 € restent en marge. Si le client négocie 10 % de remise, toute la marge disparaît : la remise se paie sur la marge, jamais sur les frais.
En micro-entreprise
Vos cotisations se calculent sur le chiffre d’affaires (21,2 % plus 0,3 % pour un artisan en 2026). Si vous n’avez pas compté votre rémunération chargée dans la main-d’œuvre, divisez encore le prix de vente par 0,785 pour les intégrer. Le détail est dans notre article sur le taux horaire. Plafonds, seuils de TVA et ACRE sont dans l’article sur l’auto-entrepreneur dans le bâtiment.
Le tableau de conversion
Pour passer d’un taux de marque visé au multiplicateur à appliquer sur votre prix de revient, et retrouver le taux de marge correspondant :
| Taux de marque visé | Prix de revient multiplié par | Taux de marge correspondant |
|---|---|---|
| 5 % | 1,053 | 5,3 % |
| 10 % | 1,111 | 11,1 % |
| 15 % | 1,176 | 17,6 % |
| 20 % | 1,250 | 25,0 % |
| 25 % | 1,333 | 33,3 % |
| 30 % | 1,429 | 42,9 % |
Multipliez ensuite par votre coefficient de frais généraux si vous partez du déboursé sec.
Le seuil de rentabilité : à partir de quand vous gagnez de l’argent
Vos frais généraux tombent chaque mois, qu’il y ait des chantiers ou non. Le seuil de rentabilité, c’est le chiffre d’affaires qu’il faut atteindre pour les couvrir. En dessous, l’année perd de l’argent ; au-dessus, chaque chantier rapporte.
Seuil de rentabilité = frais généraux de l’année ÷ part du prix de vente qui reste après le déboursé sec
Avec un coefficient de vente de 1,39, il reste 1 − 1 ÷ 1,39, soit environ 28 % de chaque euro vendu après le déboursé sec. Pour couvrir 15 000 € de frais généraux, il faut donc environ 15 000 ÷ 0,28 = 53 600 € de chiffre d’affaires HT. Divisé par onze mois travaillés, c’est le minimum à facturer chaque mois.
La liste à cocher
- ☐ Mes frais généraux de l’an dernier additionnés
- ☐ Mes déboursés secs de l’an dernier (main-d’œuvre, fournitures, matériel, sous-traitance)
- ☐ Mon coefficient de frais généraux calculé
- ☐ Une seule méthode : frais dans le taux horaire, ou frais par coefficient
- ☐ Mon taux de marque visé, et le coefficient de vente qui en découle
- ☐ Mon seuil de rentabilité, en chiffre d’affaires par mois
- ☐ Le calcul refait chaque année
Les erreurs qui coûtent le plus
- Confondre taux de marge et taux de marque : « 30 % de marge » qui n’en font que 23 sur le prix de vente.
- Compter les frais deux fois : dans le taux horaire, puis dans un coefficient.
- Revendre les fournitures au prix d’achat : le temps passé à les choisir, les chercher et les garantir n’est payé par personne.
- Accorder une remise sans savoir sur quoi elle se prend : souvent, toute la marge du chantier.
- Un coefficient copié sur un confrère, ou calculé il y a cinq ans.
Trois questions à vous poser, dans l’ordre
- Connais-je mon coefficient de frais généraux de l’an dernier ?
- Quand je dis « marge », est-ce un taux de marge ou un taux de marque ?
- Combien de chiffre d’affaires par mois me faut-il pour couvrir mes frais ?
La première se règle avec vos relevés de l’an dernier, ou en dix minutes avec votre comptable. Pour ranger ensuite vos prix poste par poste, notre bibliothèque de prix sous Excel applique le calcul pour vous, et l’exemple du prix au m² en peinture montre la méthode sur un métier.
Et Gus dans tout ça ?
Dans Gus, vos prix de vente sont rangés poste par poste, et repris sur chaque estimation avec les quantités venues du métré du client. Une fois votre coefficient calculé, vous ne le refaites plus à chaque devis : vous ajustez la ligne qui change, la préparation d’un mur abîmé par exemple, et le reste suit. Et Gus mesure le temps passé sur chaque devis, ce temps hors chantier qui pèse dans vos frais généraux. Voir le parcours complet d’une demande.
À retenir : déboursé sec (ce que coûte le chantier), multiplié par le coefficient de frais généraux (ce que coûte l’entreprise), divisé par (1 − taux de marque) pour la marge. Le taux de marge se calcule sur le prix de revient, le taux de marque sur le prix de vente : 25 % de marge font 20 % de marque. Comptez vos frais une seule fois, et recalculez votre coefficient chaque année.