« Pour être peintre à son compte, il suffit d’un camion, de rouleaux et de bras. » Sauf que le premier client demande une attestation d’assurance. Le deuxième veut savoir si la TVA est à 10 %. Et le troisième compare votre prix au m² avec celui d’une entreprise installée depuis vingt ans.
Se lancer comme peintre auto-entrepreneur se joue sur trois points : être en règle dès le premier chantier, chiffrer sans travailler à perte, et trouver les dix premiers clients qui vous recommanderont.
Ce que vous allez trouver ici
- La qualification demandée, y compris si vous êtes peintre sans diplôme.
- Ce qui change pour un peintre : décennale, TVA à 10 % et franchise de TVA.
- Le matériel de départ, et ce qui peut attendre.
- La méthode pour fixer votre prix au m², et le compte pro chez un fournisseur.
- Quatre pistes pour vos premiers clients, et vos premiers devis.
Le statut lui-même (immatriculation, cotisations, plafonds, ACRE) est détaillé dans l’article sur l’auto-entrepreneur dans le bâtiment. Ici, on reste sur le métier de peintre.
1. Avant de vous déclarer : la qualification
Peintre en bâtiment est une activité artisanale réglementée. Pour l’exercer à votre compte, vous devez justifier d’une qualification. Trois façons d’y arriver :
- Un diplôme du métier : CAP, BP, ou un diplôme ou titre de niveau égal ou supérieur enregistré au RNCP.
- Trois années d’expérience effective dans le métier, comme salarié, indépendant ou dirigeant. La chambre de métiers et de l’artisanat (CMA) vous délivre alors une attestation de qualification.
- Travailler sous le contrôle effectif et permanent d’une personne qualifiée.
Vous êtes peintre sans diplôme ? Ce n’est pas bloquant si vous avez vos trois ans de métier. Gardez vos fiches de paie, vos contrats et vos certificats de travail. Ce sont eux qui prouvent votre expérience. Sans diplôme ni expérience suffisante, il faut d’abord se former, ou passer par la validation des acquis de l’expérience (VAE).
L’enjeu est réel. Exercer sans la qualification requise est puni d’une amende de 7 500 €, selon le site officiel entreprendre.service-public.fr.
Concrètement : rassemblez vos justificatifs avant l’immatriculation. Si vous avez un doute, appelez votre CMA : c’est elle qui tranche.
2. Ce qui change pour un peintre : assurance et TVA
La décennale du peintre
Tout dépend de ce que vous peignez. Pour la peinture décorative intérieure, l’assurance décennale est facultative, d’après la fiche officielle du métier. Une responsabilité civile professionnelle est alors conseillée.
Dès que vous touchez à la façade, la règle change. Un revêtement de façade ou une réparation de fissures relèvent de la décennale obligatoire. Elle se souscrit avant le début des travaux. Son attestation figure alors sur vos devis et factures.
Beaucoup de peintres auto-entrepreneurs démarrent en intérieur, puis prennent un ravalement « pour rendre service ». C’est là que le risque se loge. Déclarez à votre assureur toutes les activités que vous comptez faire, pas seulement la principale.
La TVA : franchise d’abord, 10 % ensuite
En micro-entreprise, vous démarrez souvent en franchise en base de TVA. Vous ne facturez alors aucune TVA. Vos devis et factures portent la mention « TVA non applicable, article 293 B du CGI » (à partir du 1er janvier 2027 : « article L. 233-3 du CIBS », l’ancienne restant acceptée jusqu’au 30 juin 2028). En 2026, la franchise s’applique pour les prestations de services jusqu’à 37 500 € de chiffre d’affaires l’année précédente. Le seuil majoré est de 41 250 € sur l’année en cours.
Le jour où vous facturez la TVA, la rénovation chez les particuliers passe souvent à 10 %. Cela concerne les travaux d’amélioration, d’aménagement ou d’entretien dans un logement achevé depuis plus de deux ans. Depuis la loi de finances 2025, plus besoin du formulaire d’attestation. Votre client porte une mention sur le devis ou la facture signés, qui atteste que les conditions sont remplies. Le détail et le texte de la mention sont dans l’article sur l’attestation de TVA réduite.
| Chantier | Décennale | TVA si vous la facturez |
|---|---|---|
| Peinture intérieure décorative, logement de plus de 2 ans | Facultative (RC pro conseillée) | 10 %, avec la mention signée du client |
| Revêtement de façade, réparation de fissures | Obligatoire | Selon la nature des travaux : vérifiez avec votre comptable |
| Logement neuf ou de moins de 2 ans | Selon les travaux | Taux normal |
| Local professionnel (bureau, commerce) | Selon les travaux | Taux normal |
Concrètement : listez les travaux que vous ferez la première année. Envoyez cette liste à deux assureurs et comparez ce que couvre chaque contrat.
3. Le matériel de départ
Un peintre en bâtiment auto-entrepreneur démarre avec peu. L’erreur classique est d’acheter trop tôt du matériel qui sert deux fois par an.
| À avoir dès le premier chantier | Peut attendre ou se louer |
|---|---|
| Rouleaux, manchons, brosses, pinceaux à rechampir | Machine airless |
| Couteaux, spatules, lisseuses, cales à poncer | Ponceuse girafe avec aspiration |
| Bâches, papier de protection, rubans de masquage | Échafaudage roulant |
| Escabeau stable, perche télescopique | Décolleuse à papier peint |
| EPI : masque, gants, lunettes, chaussures | Déshumidificateur |
| Un véhicule qui ferme à clé | Un second jeu complet d’outillage |
Le gros matériel se loue à la journée chez les loueurs ou certains distributeurs.
Concrètement : notez sur un carnet chaque location de l’année. Au bout de six mois, vous saurez ce qui mérite un achat.
4. Fixer son prix au m²
Le tarif d’un peintre auto-entrepreneur se calcule à partir de vos propres chiffres. Un prix au m² trouvé sur internet ne connaît ni vos charges, ni votre vitesse, ni l’état des murs.
La méthode tient en trois étapes :
- Votre taux horaire. Il couvre vos cotisations, votre assurance, le véhicule, les heures non payées (devis, déplacements, achats). La méthode est dans l’article sur le taux horaire d’artisan.
- Votre temps au m², par ouvrage. Un plafond ne se fait pas à la vitesse d’un mur. Une boiserie se compte souvent au mètre linéaire ou à l’unité. Et la préparation pèse plus lourd que la finition.
- Les fournitures, au prix que vous payez vraiment, avec les pertes et les consommables.
Prix au m² = (temps au m² × taux horaire) + fournitures au m². Le détail pas à pas, avec la préparation des supports, est dans l’article sur le prix au m² en peinture intérieure.
Vous êtes plus lent au début ? C’est normal. Mieux vaut un prix juste sur votre vraie vitesse qu’un samedi travaillé gratuitement.
Concrètement : sur vos trois premiers chantiers, notez les heures par pièce et par ouvrage. Recalculez votre prix au m² à partir de ces chiffres.
5. Le compte pro chez un fournisseur de peinture
Acheter sa peinture en grande surface de bricolage coûte cher. Les distributeurs de peinture professionnelle ouvrent des comptes aux entreprises. Vous y obtenez des remises pro et des produits que le particulier ne trouve pas. Le détail est dans l’article sur le compte pro chez un fournisseur.
- Ouvrez le compte dès l’immatriculation. On vous demandera en général votre SIRET et une pièce d’identité.
- Fidélisez un ou deux comptoirs. Les remises progressent souvent avec le volume d’achats.
- Demandez les fiches techniques. Rendement, temps de séchage, supports admis : elles servent à chiffrer et à respecter les règles de l’art.
- Parlez au vendeur. Au comptoir, des particuliers demandent parfois un peintre. Laissez-lui vos cartes.
Concrètement : demandez votre grille de remise par écrit. Reportez-la dans votre calcul de fournitures au m².
6. Trouver ses premiers clients
Le premier client vient rarement d’une publicité. Il vient de quelqu’un qui vous connaît, ou de quelqu’un qui vous a trouvé sur son téléphone. Quatre pistes, dans l’ordre où elles rapportent vite :
- La fiche Google. Gratuite, elle s’affiche quand on cherche « peintre » près de chez soi. Remplissez-la le jour de l’immatriculation : métier précis, zone, photos de chantiers. Puis demandez un avis à chaque client. La marche à suivre est dans l’article sur la demande d’avis Google.
- Le bouche-à-oreille. Famille, anciens collègues, club de sport. Prévenez-les que vous êtes installé, avec une carte et un lien.
- Les voisins de chantier. Votre camion se voit dans la rue. Les voisins viennent poser des questions. Avec l’accord de votre client, laissez une carte.
- La sous-traitance. Des entreprises générales, des plaquistes ou des façadiers cherchent des peintres. Le planning se remplit vite, mais la marge est plus faible et vous dépendez d’un seul donneur d’ordre. La loi de 1975 impose que le sous-traitant soit accepté par le maître d’ouvrage. La TVA suit aussi des règles propres (autoliquidation) : voyez-les avec votre comptable.
D’autres pistes sont dans l’article sur comment trouver des chantiers.
Concrètement : fixez-vous une limite. Par exemple, pas plus de la moitié de votre chiffre chez un seul donneur d’ordre.
7. Les premiers devis
Le devis est obligatoire avant toute intervention. C’est aussi votre premier argument commercial. Un devis clair, pièce par pièce, rassure plus qu’un prix global écrit au dos d’une enveloppe.
- Détaillez par pièce et par ouvrage : plafonds, murs, boiseries, avec surfaces et nombre de couches.
- Écrivez la préparation : rebouchage, ponçage, impression. C’est elle qui justifie l’écart avec un devis moins cher.
- Précisez le niveau de finition. Le NF DTU 59.1 définit trois niveaux de finition : élémentaire, courante et soignée. Le mentionner évite les malentendus à la réception. Voir l’article sur le DTU peinture.
- N’oubliez aucune mention obligatoire, dont « EI » à côté de votre nom et la mention de TVA. La liste est dans l’article sur les mentions obligatoires du devis.
Pour partir d’une base, regardez l’exemple de devis de peinture intérieure.
Concrètement : envoyez le devis dans les 48 heures après la visite. Relancez une semaine plus tard si vous n’avez pas de réponse.
La liste à cocher avant le premier chantier
☐ Ma qualification est prouvée (diplôme, trois ans d’expérience ou attestation CMA).
☐ Mon assureur connaît toutes les activités que je vais faire, façade comprise.
☐ J’ai mon attestation d’assurance en PDF, prête à joindre aux devis.
☐ Je sais si je suis en franchise de TVA, et quelle mention mettre.
☐ J’ai calculé mon taux horaire.
☐ J’ai un prix au m² par ouvrage : plafond, mur, boiserie.
☐ Mon compte pro est ouvert chez un fournisseur, avec ma grille de remise.
☐ Ma fiche Google est en ligne avec mon métier et ma zone.
☐ J’ai un modèle de devis avec toutes les mentions obligatoires.
☐ Mes EPI sont dans le camion.
Les erreurs qui coûtent le plus
- Prendre une façade avec un contrat prévu pour l’intérieur. En cas de sinistre, vous payez de votre poche.
- Copier le prix au m² d’un concurrent. Vous héritez de son prix, pas de ses charges ni de sa vitesse.
- Oublier la préparation dans le devis. Le client compare des prix qui ne parlent pas du même travail.
- Dépasser le seuil de franchise sans le voir venir. Vous devez la TVA alors que vos devis signés n’en prévoyaient pas.
- Tout miser sur un seul donneur d’ordre. S’il arrête, votre planning se vide d’un coup.
Trois questions à vous poser, dans l’ordre
- Puis-je prouver ma qualification aujourd’hui, papier en main ?
- Mon assurance couvre-t-elle tout ce que je vais vraiment peindre cette année ?
- Mon prix au m² vient-il de mon taux horaire et de mon temps réel ?
Les deux premières se règlent avant l’immatriculation. La troisième, sur vos premiers chantiers.
Et Gus dans tout ça ?
Au début, chaque demande compte, et chaque visite inutile coûte une demi-journée. Avec Gus, vous envoyez un lien à la personne qui vous appelle. Elle décrit son projet en photos et en mesures guidées, en huit minutes environ. Vous recevez un dossier rangé, pièce par pièce, et une estimation à vos prix au m². Vous la relisez avant de l’envoyer.
Ensuite, Gus vous aide à relancer, à faire la visite sur téléphone et à sortir un devis complet avec les mentions obligatoires. En fin de chantier, il prépare l’avant / après et la demande d’avis Google, celle qui nourrit votre fiche. Gus ne fait pas les factures : vous gardez votre outil pour ça.
Votre entreprise a moins d’un an ? Vous avez 6 mois offerts, SIRET vérifié à l’inscription. Les mois démarrent à votre première vraie demande, pas le jour de l’inscription. Ensuite, c’est 50 € HT par mois, sans engagement. Créer votre compte, sans carte bancaire, ou voir le détail du tarif.
À retenir : une qualification prouvée (diplôme, trois ans d’expérience ou contrôle d’une personne qualifiée). Une assurance qui couvre tout ce que vous peignez, façade comprise. La franchise de TVA tant que vous restez sous le seuil, puis 10 % en rénovation de logement avec la mention signée du client. Un prix au m² calculé sur votre taux horaire et votre temps réel. Et une fiche Google ouverte dès le premier jour.
Bon à savoir : règles en vigueur en octobre 2026. Qualification : Code de l’artisanat, articles L121-1 et suivants (fiche F39038 d’entreprendre.service-public.fr). Décennale : obligatoire pour les travaux relevant de la garantie décennale (Code civil, article 1792 ; Code des assurances, article L241-1), facultative pour la peinture décorative intérieure selon la fiche officielle. Franchise en base de TVA : 37 500 € et 41 250 € pour les prestations de services (article 293 B du CGI). TVA à 10 % : article 279-0 bis du CGI, attestation remplacée par une mention sur le devis ou la facture (article 41 de la loi n° 2025-127 du 14 février 2025). Sous-traitance : loi n° 75-1334 du 31 décembre 1975 et article 283, 2 nonies du CGI. Les montants changent souvent : vérifiez sur le site officiel avant de facturer.
Sources : Entreprendre Service-Public, peintre en bâtiment : conditions d’accès et d’exercice · Bpifrance Création, activité réglementée de peintre en bâtiment · Entreprendre Service-Public, franchise en base de TVA · Service-Public, TVA réduite sur les travaux : fin de l’attestation · FFB, suppression de l’attestation de TVA et mention sur devis ou facture · FFB, l’essentiel du NF DTU 59.1 · CAPEB, autoliquidation de la TVA en sous-traitance