Travaux supplémentaires en cours de chantier : l’avenant au devis, et comment le faire signer

Par Mathieu Soler

Dans

Le devis est signé, l’acompte encaissé, le chantier a commencé. Et là, sur l’échafaudage, l’enduit sonne creux sur la moitié de la façade. Ou bien, en décollant le papier peint de la chambre, vous en trouvez deux autres dessous. Ou encore le client, en passant, vous demande : « Tant que vous y êtes, vous pourriez faire le couloir ? »

Dans les trois cas, le travail change, et le prix aussi. Un « oui, allez-y » lancé au pied de l’échafaudage ne suffit pas. Un supplément qui n’est pas écrit est un supplément que vous risquez d’offrir. Ce qui vous protège, c’est un avenant au devis, signé avant de faire les travaux. Voici ce que dit la loi, ce que l’avenant doit contenir, un modèle, et comment en avoir besoin moins souvent.

Ce que dit la loi

  • Un devis signé est un contrat. Son prix engage les deux parties. Le modifier demande l’accord des deux, comme pour le signer.
  • Dans un marché à forfait, c’est-à-dire un prix global fixé à l’avance, l’article 1793 du Code civil est très clair : l’entrepreneur ne peut demander aucune augmentation de prix pour des changements ou des ajouts, sauf s’ils ont été autorisés par écrit et que le prix a été convenu avec le propriétaire.
  • Avec un particulier, au-delà de 1 500 €, un engagement se prouve par écrit (article 1359 du Code civil). Un accord oral sur un supplément de 3 000 € sera, en cas de désaccord, très difficile à faire valoir.

En pratique : un supplément fait sans écrit, c’est un supplément que vous risquez de ne jamais encaisser. Et même quand le client paie, c’est souvent au prix d’une discussion qui abîme la fin du chantier. À la réception, un travail demandé hors devis ne s’écrit pas en réserve : voir le PV de réception des travaux.

Et vous : votre dernier supplément, l’avez-vous fait signer avant ou après l’avoir fait ? Si c’était après, c’est la première habitude à changer.

Trois situations, trois réponses

SituationExempleQui paie ?
Le client demande plusUne pièce en plus, une autre finition, une teinte de plusLe client, par avenant
Le chantier révèle un imprévuEnduit qui sonne creux, plusieurs couches de papier, support pourri derrière un habillageLe client, par avenant, si l’imprévu sort des hypothèses écrites au devis
Votre métré était fauxPignon calculé à la louche, plinthes oubliéesEn général vous, surtout dans un prix forfaitaire

La deuxième ligne est la plus délicate. Si votre devis disait « sur la base d’un support sain, hors reprise de plus de 5 m² », l’imprévu est clairement hors devis, et l’avenant se discute facilement. Si votre devis ne disait rien, le client pensera, et parfois à raison, que c’était à vous de le voir. D’où l’intérêt d’écrire ses hypothèses dès le départ, comme dans nos exemples de devis commentés en isolation par l’extérieur, en ravalement (la reprise d’enduit y est en fourchette, ajustée au réel) et en peinture intérieure.

Ce que doit contenir l’avenant

  • La référence du devis initial : numéro, date, date de signature.
  • La raison : ce qui a été demandé ou constaté, avec la date. Une photo jointe vaut mieux qu’un long paragraphe.
  • Le détail des travaux en plus ou en moins, comme dans un devis : désignation, quantité, unité, prix unitaire.
  • Le nouveau total : montant initial, montant de l’avenant, nouveau montant HT, TVA et TTC.
  • L’effet sur le délai, s’il y en a un. Les conséquences d’un délai dépassé sont détaillées dans pénalités de retard sur un chantier.
  • Les modalités de paiement du supplément : avec le solde, ou un acompte complémentaire. Voir notre article sur l’acompte pour des travaux.
  • La date et la signature du client, précédées de « Bon pour accord ».

Un avenant peut aussi retirer des travaux : le client renonce aux boiseries, vous gardez une façade pour plus tard. Le faire par écrit évite la même discussion dans l’autre sens au moment de la facture.

Un modèle d’avenant

Avenant n° 1 au devis n° [2026-041] du [12 septembre 2026], signé le [20 septembre 2026]

Client : [Mme Martin], [8 chemin du Moulin, 31240 L’Union]
Chantier : [isolation par l’extérieur, façades nord et est]

Objet : lors de la purge du support le [6 octobre], l’enduit existant s’est révélé non adhérent sur environ [18 m²] de la façade nord (photos jointes). Le devis initial prévoyait une reprise ponctuelle, sur la base d’un support sain, hors reprise de plus de [5 m²].

Travaux ajoutés : purge et reprise de l’enduit non adhérent, [13 m²] au-delà des [5 m²] prévus, × [prix unitaire] € HT = [montant] € HT.

Montant du devis initial : [X] € HT
Montant de l’avenant : [Y] € HT
Nouveau montant : [X + Y] € HT, TVA [5,5] %, soit [Z] € TTC

Délai : [une journée supplémentaire]. Paiement : [avec le solde, à la réception des travaux].

Les autres conditions du devis initial restent inchangées.

Date et signature du client, précédées de « Bon pour accord » :

Quand le client n’est pas là, ou que ça ne peut pas attendre

Le cas le plus courant : vous découvrez le problème un mardi matin, le client est au travail, et l’échafaudage est loué à la semaine. Ne commencez pas les travaux supplémentaires sur un simple appel. Envoyez plutôt, tout de suite, un message écrit :

Bonjour [Madame Martin], en purgeant la façade nord ce matin, nous avons trouvé environ [18 m²] d’enduit qui ne tient plus (photos ci-jointes). Le devis prévoyait [5 m²] de reprise. Le supplément pour les [13 m²] restants est de [montant] € TTC, et une journée de plus. Pouvez-vous me confirmer votre accord par retour de message ? Je vous apporte l’avenant à signer ce soir. [Prénom], [Entreprise]

Sa réponse écrite (« d’accord, allez-y ») n’est pas un avenant en bonne et due forme, mais c’est un début de preuve, daté, avec le montant. Faites signer l’avenant dès que possible ensuite. Et si le client refuse, vous le savez avant d’avoir travaillé, pas après.

Un point de vigilance : un avenant conclu au domicile du client est un nouveau contrat hors établissement, et le délai de rétractation peut s’appliquer de nouveau. Les règles et leurs exceptions sont détaillées dans notre article sur le devis signé puis annulé. En cas de doute, votre organisation professionnelle peut vous dire ce qui vaut pour votre situation.

Les erreurs qui coûtent le supplément

  • Faire d’abord, chiffrer ensuite. Un supplément découvert sur la facture est presque toujours contesté.
  • L’accord oral seul, même de bonne foi. Six semaines plus tard, chacun se souvient d’un montant différent.
  • Le « petit geste » non écrit. Faire un supplément gratuitement est votre choix, mais écrivez-le quand même (« offert ») : sinon le client ne voit pas le geste, et le prochain supplément paraîtra anormal.
  • Un devis sans hypothèses. Sans « support supposé sain » ou « hors ratissage », un imprévu devient une erreur de votre part aux yeux du client.
  • Des avenants en série sur un même chantier. Au troisième, le client a l’impression que le premier prix était un appât. Mieux vaut un devis initial plus complet.

En avoir besoin moins souvent

Le meilleur avenant est celui qu’on n’a pas à faire. Trois habitudes réduisent les mauvaises surprises :

  1. Écrire ses hypothèses et ses exclusions sur le devis : état du support supposé, surface de reprise comprise, ce qui n’est pas compris, avec des phrases types pour vos hypothèses et exclusions.
  2. Proposer des options chiffrées pour ce qui est probable mais incertain : « Si le papier peint résiste à la dépose à sec, décollage à la vapeur : [prix] € HT le m² ». Le client signe en connaissant le prix du pire.
  3. Garder une trace de l’état de départ : photos datées avant travaux, que vous pourrez montrer le jour où l’imprévu apparaît.

Avec Gus, cette trace existe avant même votre visite : le dossier garde les photos envoyées par le client, les points d’attention relevés (enduit fissuré, papier peint, humidité) et ce qui restait à vérifier sur place. Au moment d’écrire le devis, vous savez quelles hypothèses poser. Et au moment de l’avenant, vous pouvez rappeler au client ce qui était signalé dès le départ.

Trois questions à vous poser, dans l’ordre

  1. Votre devis initial écrit-il ses hypothèses : support supposé sain, surface de reprise comprise ?
  2. Avez-vous des photos datées de l’état de départ ?
  3. Le supplément est-il chiffré et accepté par écrit avant d’être fait ?

La première compte le plus : c’est elle qui rend les deux autres faciles.

À retenir : un travail en plus se chiffre et se signe avant d’être fait. Un avenant reprend le devis initial, explique la raison, détaille les travaux et donne le nouveau total. Quand ça ne peut pas attendre, un accord écrit par message, avec le montant, en attendant la signature. Et des hypothèses écrites sur le devis rendent chaque avenant plus facile à accepter.

Bon à savoir : cet article donne des repères généraux, pas un conseil juridique. Pour un litige en cours ou une situation particulière, rapprochez-vous de votre organisation professionnelle (CAPEB, FFB) ou d’un juriste.

Sources : Dictionnaire juridique, marché à forfait et article 1793 du Code civil · Eurojuris, travaux sans devis signé (articles 1793 et 1359 du Code civil)

Mathieu SolerCréateur de Gus. 19 ans dans l'industrie spatiale, dont 11 à chasser les gaspillages en Lean, puis consultant SEO. Son parcours

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